Je suis Gertrude

Une copinaute parlait des Gertrude, la dernière fois. Mais qu’est-ce qu’une Gertrude ?

Gertrude, c’est la nièce de la fille de la voisine qui tombe enceinte pof comme ça après un long et douloureux parcours pour tenter de se reproduire, le plus souvent après être partie en vacances, ou après avoir laissé tomber la PMA et s’être consacrée si possible à un parcours d’adoption, ou encore et plus simplement « parce qu’elle n’y pensait plus ».

Les Gertrude (on décide que c’est un nom invariable, ok ?), elles ont beaucoup de chance. Et la plupart du temps, elles le savent. Le vrai problème, c’est pas les Gertrude. Le vrai problème, c’est les gens. Les gens qui ne sont pas suffisamment informés et qui véhiculent un mauvais message. Du genre :

« Mon amie, elle n’y a plus pensé, et elle est tombée enceinte comme ça d’un coup ».

Le vrai problème c’est le manque d’information, c’est l’ignorance.

Parce que croyez-moi, les Gertrude, elles font tout ce qu’elles peuvent pour ne pas entretenir le mythe. Je sais de quoi je parle, je suis Gertrude. Certains sont Charlie (nettement plus classe quand même), moi, je suis Gertrude.

Et dès que notre miracle est arrivé, j’ai communiqué. C’était facile, les gens connaissaient nos difficultés. La plupart du temps. J’étais bien obligée de dire que Petit bout est arrivé naturellement, mais pas parce que je n’y pensais plus (j’y pensais H24, et on était en train de recommencer tous les examens). Bon, il s’avère que j’ai démissionné et que je me suis mise à mon compte, alors certains restent persuadés que ça a pu jouer. Mais je me bats pour dire, non, ce n’est pas dans la tête, nous avions un vrai problème « technique » (anovulation, une trompe bouchée, des spermos pas top en forme puisque IMSI préconisée, problème d’accroche malgré 8 embryons très jolis transférés). Que la médecine ne connaît pas tout et que notre souci reste encore un peu mystérieux (même si techniquement, le retour de mes cycles irréguliers peuvent nous faire penser que tout est possible désormais).

Malgré ça, j’apprends qu’un ami a pris notre exemple pour redonner espoir à son frère. Malgré ça, notre « cas » est utilisé pour dire : « Tu vois, faut plus trop y penser, partir en vacances, changer de métier ».

Alors oui, je suis Gertrude. Et mon cas, comme celui de toutes les Gertrude, agace la PMette que j’étais, celle que je suis encore d’ailleurs, au fond de moi. Mais le problème, en réalité, ce n’est pas les Gertrude. La plaie, la vraie, c’est la désinformation, l’ignorance et les gens.

Pour changer ça, inutile de s’en prendre à Gertrude, elle n’y est pour rien (même si elle est franchement agaçante, on est d’accord). Pour changer ça, votre Gertrude continue à militer, à faire ce qu’elle peut pour la Boutique des Idées fertiles et pour BAMP!, qui ont le mérite de véhiculer un message, le bon : un couple sur 6 est touché par l’infertilité, un couple sur deux ressort du parcours sans enfant.



 

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Working girl ou Desperate housewive ?

J’ai toujours été une bosseuse. Un peu glandeuse sur les bords, mais quand il faut bosser, j’en suis. A la fac, j’ai réussi en bossant beaucoup. Pour l’examen de l’entrée de mon école, je n’ai pas sorti le nez de chez moi durant 5 mois. Je bossais 10 heures par jour. A début de ma vie professionnelle, et jusqu’à tomber enceinte, je bossais 50 heures par semaine en moyenne. Parfois plus. Et financièrement, ça allait, du coup. On a pu faire des travaux, devenir propriétaire, manger bio, se payer un centre privé de PMA, partir en vacances.

Et puis, j’ai vécu le grand bonheur de ma vie : tomber enceinte, mais surtout devenir maman. Et tout a changé.

Le boulot est secondaire. Je bosse beaucoup moins, de toute façon la grossesse m’a rendue tellement malade (littéralement, hein, je gerbais tripes et boyaux), que j’ai été contrainte de ralentir le rythme, voir de ne plus bosser tellement j’étais mal. Je suis cependant dans un métier où, si tu ne bosses pas, tu n’as rien. Pas d’arrêt maladie (je crois qu’on a droit à une indemnité, seulement après le 90ème jour de maladie, LOLILOL), et moins je bosse, moins je gagne. Après la grossesse, il y a eu l’accouchement. Je ne peux pas dire que je n’ai pas bossé pendant mon congé maternité, mais j’ai fais le minimum syndical. Puis, il y a la reprise. J’ai d’abord décidé de prendre 3 mois et demi de congé maternité dont 3 mois post-naissance (je ne me suis arrêté qu’une seule semaine avant l’accouchement). Et heureusement vu l’engin. Puis, j’ai décidé de prendre un jour par semaine pour lui. Pour faire le ménage, le rangement, et pour m’occuper de ma terreur, de sorte que le week-end reste des jours en famille, sans ou avec peu de contraintes. Alors, oui, il y a des semaines où je bosse 6 jours sur 7, où je rentre tard alors qu’il dort déjà, mais la plupart du temps, je profite de lui. De mon enfant adoré. Je prends des vacances, également, chose que je ne faisais plus, hormis l’été.

Et je ne regrette pas. Je suis pauvre, c’est un fait. Certains mois, je ne me verse aucun argent. Certes. MAIS. MAIS MAIS MAIS. Je profite de mon amour de bébé qui devient petit garçon. Je participe à ses premières fois. Je vois son étonnement et sa joie quand je lui fais la surprise d’aller le chercher chez Nounou (au lieu de son père). Je joue avec lui, on se marre, je fais plein de projets pour quand il fera beau, quand il marchera, quand il parlera. Je profite de l’instant présent. Et c’est con à dire, mais ça n’a pas de prix.

Il sera toujours temps de me consacrer à ma carrière plus tard, non ? En vrai, je fais les deux en même temps, mais il faut bien dire que je mets l’accent sur la famille et mon enfant plutôt que sur ma carrière qui stagne.

Moi, la working girl, je suis sacrément heureuse de privilégier la vie avec mon fils. Tant pis pour le job, tant pis pour l’argent, voir mon fils heureux, c’est juste le bonheur.

J’y retourne, il chiale (oui, en vrai,c ‘est quand même pas cui cui les petits oiseaux).